L'Art d'aimer

Pour L’amour

Le premier vendredi de la lune achetez sans marchander un ruban rouge d’une demi-aune, au nom de la personne que vous aimez ; faites un noeud en lacs d’amour, et ne le serrez pas, mais dites le Pater noster jusqu’à in tentationem, et au lieu de dire sed libera nos a malo, vous direz, ludea, ludei, ludeo ; en même temps serrez le noeud. Vous ne direz ce jour-là qu’un Pater, le second vous en direz deux et continuez de suite pendant neuf jours, faisant un noeud chaque jour, et ne le serrez qu’à ludei, etc. Ensuite mettez ce ruban tel qu’il est à votre bras gauche, qu’il touche la chair. Touchez la personne pour qui vous l’avez noué et elle vous sera favorable.
Pour rendre une fille amoureuse. Présentez-vous à trois reprises différentes devant la personne, en la fixant d’un air agréable et en disant tout bas : Natura fecit hominem per mulierem. Mettez chaque fois la main droite sur votre coeur, et la gauche sur votre épaule
droite. Ensuite faites que les regards de la fille se portent sur vous et prononcez aussitôt : Ego, ago, et superago, et consummatum est.
Autre pour le même sujet. Lorsque la fille a plus de trente ans, il faut pour réussir, prendre trois petites fèves noires poussées dans un champ sur lequel les amoureux vont ordinairement se réunir. On placera une de ces fèves dans la bouche, on plantera la seconde sur la tombe de la
dernière personne enterrée dans le lieu de son domicile, et on jettera la troisième après la fille, de façon à atteindre une partie découverte de son corps, et en prononçant comme ci-dessus : Ego, ago et superago, et consummatum est. »

Les oeuvres magiques de Henri-Corneille Agrippa,

mises en français par Pierre D’Aban,

p. 78-80, Pour L’amour.


Si tu savais combien je t’aime, combien tu es nécessaire à ma vie, tu n’oserais pas t’absenter un seul moment, tu resterais toujours auprès de moi, ton cœur contre mon cœur, ton âme contre mon âme.

Victor Hugo


Love and friendship

Love is like the wild rose-briar,

Friendship like the holly-tree
The holly is dark when the rose-briar blooms
But which will bloom most constantly?

The wild-rose briar is sweet in the spring,
Its summer blossoms scent the air;
Yet wait till winter comes again
And who will call the wild-briar fair?

Then scorn the silly rose-wreath now
And deck thee with the holly’s sheen,
That when December blights thy brow
He may still leave thy garland green.


Emily Bronté


Variations autour d’un verre d’eau

Le verre d’eau entre mes mains

et toi sur mes lèvres

mes mains sur le verre d’eau

et mes lèvres sur toi

Le verre d’eau sur mes lèvres

et toi entre mes mains

mes lèvres sur mes mains

toi dans le verre d’eau

le verre d’eau en toi

et mes mains sur mes lèvres

mes lèvres sur le verre d’eau

mes mains sur toi.


Jorge E. Eielson


“”For women who are tied to the moon, love alone is not enough. We insist each day wrap it’s knuckles through our heart strings and pull. The lows. The joy. The poetry. We dance at the edge of a cliff, you have fallen off. So it goes. You will climb up again.

You rare girl, once again, you have a body that belongs to no lover, to no father, belongs to no one but you. Wear your sorrow like the lines on your palm. Like a shawl to keep you warm at night. Don’t mourn the love that is lost to you now. It is a book of poems whose meters worked their way into your pulse. Even if it has slipped from your hands, it will stay in your body.

You loved a man who treated you like absinthe, half poison and half god. He tried to sweeten you, to water you down. So you left. And now you have your heart all to yourself again. A heart like a stone cottage. Heart like a lover’s diary. Hope like an ocean”.

— 

Letter From Anais Nin to Clementine von Radics (After Marty McConnel)

http://clementinevonradics.tumblr.com/


Chaque baiser appelle un autre baiser

“Chaque baiser appelle un autre baiser. Ah ! dans ces premiers temps où l’on aime, les baisers naissent si naturellement ! Ils foisonnent si pressés les uns contre les autres ; et l’on aurait autant de peine à compter les baisers qu’on s’est donnés pendant une heure que les fleurs d’un champ au mois de mai. Alors elle faisait mine de s’arrêter, disant : « Comment veux-tu que je joue comme cela si tu me tiens ? je ne peux tout faire à la fois ; sache au moins ce que tu veux ; est-ce que je dois jouer la phrase ou faire des petites caresses ? » ; lui se fâchait et elle éclatait d’un rire qui se changeait et retombait sur lui, en une pluie de baisers. Ou bien elle le regardait d’un air maussade, il revoyait un visage digne de figurer dans la Vie de Moïse de Botticelli, il l’y situait, il donnait au cou d’Odette l’inclinaison nécessaire ; et quand il l’avait bien peinte à la détrempe, au XVe siècle, sur la muraille de la Sixtine, l’idée qu’elle était cependant restée là, près du piano, dans le moment actuel, prête à être embrassée et possédée, l’idée de sa matérialité et de sa vie venait l’enivrer avec une telle force que, l’œil égaré, les mâchoires tendues comme pour dévorer, il se précipitait sur cette vierge de Botticelli et se mettait à lui pincer les joues.”

Marcel Proust